On ne commande pas l'amour, on ne le domine pas, il nous affaiblit comme de pauvres gens. Tout le monde saurait vous le décrire, ce sentiment. Presque. Au début tout va bien, on a le sourire jusqu'aux oreilles et l'impression d'avoir des papillons dans le ventre. D'où ils sortent ces insectes d'abord ? On ne les avait pas invités. Il y a les petits regards en coin qui tordent quelque chose dans le ventre, qui y font un n½ud désagréable et plaisant à la fois. On est rempli d'un espoir qui n'a aucun but, mais on pourrait croire à l'impossible le temps que le nuage sur lequel on a élu domicile demeure à sa place. On ne voudrait y redescendre pour rien au monde.
On est tellement bien dans notre monde en rose et bleu, avec des c½urs de partout, des champs remplis de belles fleurs écoeurantes, les papillons, il ne faut pas oublier les papillons, et le sourire. C'est comme un masque qu'on vous aura collé au visage. Il ne vous quittera plus, vous ne le quitterez plus. Pour le moment. C'est une dégoulinade de bonnes intentions, on croit soudainement au prince charmant ou à la belle princesse, si bien qu'on oublie tout tout tout. Le reste n'a plus d'importance tant que le soleil éclaire les têtes. Souvent, on bâcle même ce qui ne touche pas au bien-aimé(e). On rêve, on a quitté la Terre, on nous le reproche même mais c'est plus fort que nous.
C'est plus fort qu'on ne sait pas quoi, c'est une attirance qui ne cessera d'exister. Sourires béats et idiots. On ne se rend compte de rien, le temps passe à une vitesse folle jusqu'à ce que tout ralentisse d'un seul coup. C'est souvent brutal n'est-ce pas. Les rares personnes qui ont eu droit à une quelconque douceur ne s'imaginent pas à quel point elles ont eu de la chance. C'est violent, on reçoit un coup de poing en pleine figure, dans le ventre, on libère ces foutus papillons une bonne fois pour toute et après ce départ il ne reste plus qu'une loque. Un c½ur arraché qui devient une coquille vide. Vide vide vide. La vie perd soudain tout son sens. Le train freine, on aimerait arracher les rails qui nous retiennent à terre. Parce que oui, on l'a retrouvé le sol. On est même tombé de si haut qu'on reste plié en deux, encore sous le choc. On déchire le masque.
On dégringole, on ne sait plus où l'on va. On marche sans marcher, sans être conscient de ses propres gestes. Le rose a cédé la place au noir, on ne vole plus parce qu'on s'est écrasé lamentablement. Les nuits sont longues, les jours aussi. On crève seul, dans un coin, dans le noir, avec un mouchoir sale de souvenirs ternis.